BÉTON RUBAN

L’exposition a pour sujet le boulevard périphérique parisien.

Depuis les fortifications jusqu’à nos jours, les commissaires nous emmènent dans un voyage à travers l’histoire de cet axe autoroutier qui marque une frontière à la fois physique, administrative et symbolique entre Paris et sa banlieue, mais aussi entre les classes sociales et les imaginaires.
En témoigne l’expression « passer le périph’ », dont la signification varie pour chacun mais désigne toujours une action forte et volontaire : une épreuve.
Des fortifications à la Zone, de la construction du périphérique à ses transformations et à ses usages, l’Histoire traverse toute l’exposition.
Pourtant, on y trouvera peu de documents historiques et aucune photographie d’archive. Les commissaires ont fait le choix de ne montrer que des oeuvres d’art, proposant ainsi un angle d’approche inédit sur le sujet.

Approches picturales, humoristiques, objectives, performatives, ouvertures sur d’autres périphériques, l’exposition nous raconte comment cet édifice sans nom, ce non-lieu est entré dans nos vies et a colonisé nos imaginaires. Ceci explique l’intérêt extraordinaire qu’ont porté et que portent encore les artistes sur ce sujet, et par extension sur les sujets de la frontière et des inégalités sociales.
L’exposition se termine par une création sonore signée par les commissaires et constituée de cinquante histoires du périphérique recueillies auprès des passants de la Porte de Montreuil. Parfois drôles, parfois tragiques, ces récits composent un portrait profondément humain de ce lieu de passage, de ce territoire que l’on traverse sans toujours le regarder.
Car le sujet est peu attrayant.

Le périphérique est né dans un contexte historique sombre, pendant l’Occupation allemande et sous le régime de Vichy. Il est aussi l’un des rares grands ouvrages parisiens à ne pas être associé à une architecte ou à une figure politique. Il est une source de nuisances sonores, de pollution atmosphérique,
d’insécurité. Personne ne le veut, personne ne l’aime vraiment, on voudrait qu’il n’existe pas.

Cette exposition se veut la preuve du contraire.

Commissariat Marianne Muller et Éléonore Josso